Lorsqu’une plateforme devient le point d’entrée central de données déclaratives sensibles, la qualité logicielle ne peut pas être traitée en fin de projet. Elle devient un levier de pilotage, de conformité et de sécurisation des décisions. Dans le cadre de cette mission, ALDEMIA est intervenu auprès d’un acteur de la filière des huiles et lubrifiants pour structurer le besoin, organiser la recette, construire un patrimoine de tests et sécuriser les mises en production dans un contexte de délai contraint.
Pourquoi la qualité devient un enjeu central pour les plateformes déclaratives
Les plateformes déclaratives occupent une place critique dans de nombreuses organisations : elles ne servent pas uniquement à collecter des données mais structurent véritablement les échanges avec des adhérents, partenaires, clients ou organismes tiers et deviennent par là même des outils de pilotage, d’analyse et de restitution, avec des impacts directs sur la fiabilité de l’information disponible. Dans ce type de projet, le risque ne se limite pas à un dysfonctionnement applicatif… Une donnée mal collectée, un parcours utilisateur incomplet, une règle Métier mal comprise ou une mise en production insuffisamment sécurisée peuvent fragiliser la confiance dans l’outil.
Tout l’enjeu consiste donc à garantir que la plateforme fonctionne, mais aussi que les décisions prises autour de cette plateforme reposent sur des preuves suffisamment claires. Dans ces conditions, la qualité logicielle devient un cadre de maîtrise, permettant de structurer les exigences, de prioriser les contrôles, de tracer les anomalies, de documenter les arbitrages et d’objectiver les décisions de mise en production. Et dans un environnement où les délais sont courts et les parties prenantes nombreuses, cette gouvernance qualité est un facteur de sécurisation du delivery…
Une plateforme déclarative au cœur d’un changement de gouvernance
Le projet concernait la mise en place d’une plateforme déclarative destinée à des producteurs d’huiles et de lubrifiants avec pour objectif de permettre aux adhérents de réaliser leurs déclarations en ligne, puis de centraliser, traiter, anonymiser et restituer les données collectées. Les informations concernées portaient notamment sur les flux de lubrifiants du marché intérieur, les importations, les exportations et les avitaillements. La plateforme devait aussi permettre de suivre les évolutions dans le temps et par typologie de produit, afin de soutenir l’analyse de marché et le pilotage de la filière.
Le contexte était particulièrement sensible, car les données étaient historiquement gérées par un organisme professionnel. La nouvelle plateforme marquait donc un changement de gouvernance : le client reprenait la centralisation et l’exploitation des données, avec l’ambition de devenir l’interlocuteur principal des adhérents sur ce périmètre.

ALDEMIA est intervenu en conseil et assistance à maîtrise d’ouvrage, avec une double posture Product Owner et qualité logicielle, dans une position permettant de faire le lien entre les besoins Métiers, leur formalisation fonctionnelle, les développements, la recette et les décisions de mise en production.
Comment accélérer le projet sans compromettre la qualité des livraisons
La demande initiale portait sur la mise en place et la sécurisation d’une plateforme déclarative… mais le véritable enjeu était plus large. Comment lancer un outil stratégique dans un délai contraint, alors que le besoin devait encore être clarifié et que le cadre qualité restait à construire ?
Au démarrage de l’intervention, le projet ne disposait pas encore d’un backlog formalisé ni d’un patrimoine de tests. Certaines attentes Métiers devaient être précisées, reformulées et priorisées pendant que les développements avançaient. Cette situation exposait le projet à plusieurs risques : ambiguïtés fonctionnelles, changements tardifs, défauts de couverture de test, anomalies non détectées, arbitrages de mise en production insuffisamment documentés…
La complexité était également organisationnelle. Le projet impliquait des équipes Métiers, des responsables IT, des développeurs à distance, une agence UX/UI ainsi que des interlocuteurs juridiques et des décideurs projet. Dans ce contexte, la qualité ne pouvait pas être réduite à l’exécution de tests mais devait devenir un dispositif de coordination, de traçabilité et d’aide à la décision. Le sujet central était donc celui de la preuve : preuve que les besoins étaient compris, que les développements répondaient aux attendus, que les anomalies étaient suivies et que les risques étaient visibles avant les décisions de livraison.
Une gouvernance qualité structurée pour mieux sécuriser
ALDEMIA a d’abord structuré le besoin en organisant des échanges réguliers avec les parties prenantes Métier et IT. Un comité projet hebdomadaire a permis de clarifier les attentes, de valider les décisions et d’anticiper les impacts sur les délais, l’organisation et les priorités. Les besoins ont ensuite été formalisés en User Stories homogènes, assorties de critères d’acceptation revus avec les développeurs lors des sprint plannings. Cette démarche a réduit les ambiguïtés et renforcé la compréhension commune des attendus.
Les maquettes Figma ont servi de référentiel partagé pour aligner les parcours utilisateurs, les interfaces et les contrôles qualité. En parallèle, ALDEMIA a construit dans Squash un patrimoine de tests structuré par fonctionnalité et par profil utilisateur, couvrant les exigences, les cas de test, les campagnes d’exécution et la non-régression. Les principaux parcours ont ainsi été vérifiés, de la connexion au dépôt d’une déclaration, jusqu’à la consultation de l’historique et au téléchargement de fichiers.
La recette Métier a été préparée avec des scénarios et des jeux de données adaptés à des conditions proches de l’usage réel. Les anomalies ont été suivies dans Jira, qualifiées, priorisées puis pilotées jusqu’à leur correction et leur validation. Les écarts les plus critiques étaient remontés dans les instances projet afin d’éclairer les arbitrages.
Enfin, plusieurs livrables de pilotage ont été produits : bilans de tests, suivi des anomalies, supports de Go/No Go, procès-verbaux de mise en production, planning projet et Decision Records. Ils ont permis de documenter les risques, les décisions et les conditions de validation.
Des livraisons mieux maîtrisées grâce à un patrimoine de tests structuré
La démarche mise en place a d’abord permis de donner un cadre à un projet qui ne disposait pas, comme précisé au préalable, d’un backlog formalisé ni d’un patrimoine de tests. La structuration des User Stories et la définition de critères d’acceptation explicites ont clarifié les attendus fonctionnels, tout en facilitant les échanges avec les développeurs avant et pendant les sprints. Le patrimoine de tests construit dans Squash, lui, a apporté une base de contrôle pérenne, couvrant les principales fonctionnalités de la plateforme et les profils utilisateurs.

Ce socle a permis d’organiser les campagnes de test, les recettes Métiers et les tests de non-régression dans une logique de sécurisation progressive des livraisons. Avant la mise en production, une campagne complète de non-régression a été réalisée afin de limiter le risque d’anomalies non détectées sur les parcours critiques. Le suivi des anomalies dans Jira, associé aux supports de Go/No Go, a permis d’objectiver les décisions de mise en production, notamment lorsqu’une anomalie critique pouvait remettre en cause une livraison.
Les reportings et les Decision Records ont également renforcé la visibilité donnée aux parties prenantes sur les risques, les échéances et les arbitrages nécessaires. Le travail mené sur les données historiques issues de l’ancien dispositif a apporté une valeur complémentaire. Il a permis de préparer la restitution des déclarations antérieures et de contribuer à la cohérence des données mises à disposition des adhérents.
Les leviers clés pour piloter la qualité d’un projet critique
Un projet critique ne se sécurise pas uniquement par l’exécution de tests en fin de cycle. Il se sécurise dès la formalisation du besoin, lorsque les exigences, les critères d’acceptation et les risques commencent à être partagés entre les équipes et le patrimoine de tests joue un rôle central dans cette maîtrise. Lorsqu’il est structuré par fonctionnalité, profil utilisateur et parcours clé, il devient un outil de contrôle, mais aussi un support de continuité pour les équipes projet.
La traçabilité constitue également un levier de gouvernance : relier exigences, tests, anomalies et décisions permet de mieux comprendre les risques et de sécuriser les arbitrages, notamment lors des Go/No Go. Enfin, la qualité logicielle prend toute sa valeur lorsqu’elle est intégrée au pilotage projet. Dans ce cas, elle a permis de relier les enjeux fonctionnels, opérationnels, qualité et conformité dans une même logique de décision.
Faire de la stratégie de test un outil de pilotage et de décision
Ce cas montre l’importance d’installer une gouvernance qualité structurée dès les phases amont d’un projet à fort enjeu Métier. Lorsque les délais sont contraints, que les besoins évoluent et que plusieurs parties prenantes interviennent, la qualité logicielle devient un appui direct au pilotage.
En combinant clarification du besoin, backlog structuré, patrimoine de tests, recette encadrée, suivi des anomalies et livrables d’aide à la décision, il devient possible de sécuriser les livraisons tout en donnant aux décideurs une vision plus claire des risques. Pour les organisations engagées dans des projets critiques, cette approche permet de passer d’une qualité subie à une qualité pilotée.
