Témoignage : Anne-Sophie, une automaticienne rattrapée par son destin

Il ne faut jamais dire jamais. Anne-Sophie, automaticienne de tests, a été confrontée dans son parcours à des signes contradictoires. Rebelle dans l’âme, elle a « boudé » ses appétences techniques avant de comprendre ce qu’elles pouvaient apporter à sa carrière de testeuse. Un chemin parsemé d’expériences humaines. Un potentiel dévoilé par son entourage professionnel qu’elle a embrassé et assumé malgré toute attente.

Découvrez comment elle a été rattrapée par son destin :

D’où tu viens ?

Je viens du monde de l’informatique. J’ai démarré ma carrière professionnelle en tant que développeuse web pour le portail Rueducommerce.com. On était en 2000, l’année suivant sa création, et à ce moment la boutique Online pouvait se targuer d’être le précurseur du e-commerce en France et le prédécesseur des solutions existantes actuellement sur le marché. Aujourd’hui on est loin d’imaginer un monde sans l’e-commerce mais à l’époque ce concept de vente en ligne était une prouesse et un pari risqué. Le consommateur aux habitudes classiques découvrait un canal d’achat différent de celui en magasin. D’ailleurs ça n’a pas percé tout de suite !

Et toi, étais-tu consciente du potentiel ?

J’étais concentrée dans mon rôle de consultante et à vrai dire je ne me suis pas posé la question de si l’idée était bonne ou complètement farfelue. Je rejoignais tout simplement une équipe pour développer l’idée d’un site web sans aller au-delà des attentes du projet… J’avais un profil de développeur d’applications dans la gestion de projet, le web c’était une nouveauté pour moi et j’avais envie d’apprendre et d’acquérir des nouvelles compétences.

Et la qualification logicielle dans tout cela ?

Anne-Sophie, consultante automatisation chez Aldemia nous explique lors de ce témoignage son parcours improvable vers l'automatisation des tests.Ma professionnalisation dans la Qualité Logicielle est arrivée juste après. J’ai découvert l’importance des tests lorsque j’ai rejoint l’Argus de l’Automobile, 8 ans plus tard. J’occupais le même poste mais orienté Gestion de projet technique et fonctionnel. On peut dire que j’ai suivi le cursus prévu dans la vie d’un développeur.

J’ai intégré une équipe de jusqu’à 15 développeurs où je faisais des tests unitaires, des mocky tests… En quelques clics je vérifiais que la fonctionnalité marchait puis elle était livrée dans l’état. Dans l’équipe j’avais affaire à une Chef de projet Marketing qu’on pouvait qualifier de « pointilleuse ». Avant chaque mise en production elle validait nos activités, notamment les aspects graphiques. Le visuel faisait partie de ses priorités car le site web souhaitait attirer ses utilisateurs via la charte graphique. Un simple décalage de pixel demandait une correction car, à ses yeux, tous les détails étaient importants. A titre de comparaison, le site Rueducommerce.com, site marchand par excellence, priorisait l’affichage des produits vendus sur leur page.

Donc, pour revenir à cette Chef de Projet et ses tests poussés, j’ai pris conscience grâce à elle, de l’importance des tests et des impacts sur les utilisateurs finaux. Et c’est finalement la raison pour laquelle j’ai quitté l’Argus : Je voulais en savoir plus. Et mon aventure chez Aldemia a commencé !

Tu peux nous en dire un peu plus sur ton rôle chez Aldemia ?

Couteau suisse ? (Rires). Lorsque j’ai débuté dans le test, j’étais dans un flou professionnel. Après mon expérience chez l’Argus je me suis remise en question. L’informatique avait perdu son étincelle et je me suis posé la question fatidique d’un avenir autre que le développement. Dans mon introspection, je me suis dit que le test était un bon compromis pour garder un pied dans l’informatique tout en essayant un nouveau métier. Je me suis renseignée sur les formations de reconversion et j’ai intégré FITEC.

Ma première mission s’est déroulée dans une start-up spécialisée dans les applications mobiles (Ios et Android). J’occupais le rôle de Consultante QA fonctionnelle. L’objectif était de mettre en place une stratégie de test et de gérer les tests technico fonctionnels. Malgré moi, les interactions avec les membres de l’équipe se sont avérées très techniques. Bien qu’étant la seule testeuse de l’équipe face à 7 développeurs, mon intégration s’est faite sans encombre.

Très rapidement je me suis rendue compte que la facilité de nos échanges se devait à mon passé de développeuse et à mon « appétence refoulée » pour la technique. Pourtant j’évoluais dans un contexte loin d’être l’idéal pour un testeur : La charge de travail et les attendus de la mission n’étaient pas compatibles avec la stratégie que je souhaitais construire ; On travaillait dans l’urgence ; Une fonctionnalité aussi tôt développée était aussi tôt installée sur un device et testée sans un outil de test spécifique.

Bien évidemment, chaque projet est unique et ce procédé ne nous a pas empêchés de trouver des anomalies et de les corriger avant chaque mise en production. Nous nous sommes habitués à ce mode opératoire qui convenait à l’avancement du projet et aux différentes contraintes. Nous avions une rigueur et une maîtrise des tâches qui se traduisait par la correction de la majorité des bugs et une application à la hauteur de la demande finale.

Donc finalement tu avais trouvé ta place en tant que testeuse manuelle fonctionnelle…

Oui, je trouvais ma place enfin… Jusqu’au jour où les dirigeants annoncent à l’équipe leur souhait de mettre en place des tests automatisés. Pourtant j’avais laissé bien clair mon choix de ne plus vouloir m’occuper de projets de développement ! Entre-temps, le COVID s’est installé en France et le projet, démarré par l’équipe de développeurs, n’a jamais vu le jour faute d’activité. J’avais à nouveau échappé à mon destin !

Et actuellement tu es à la Banque de France, n’est-ce pas ?

C’est cela. D’ailleurs, au cours de mon entretien à la Banque de France, j’ai eu des échos d’un projet d’automatisation mais je n’ai pas donné plus d’importance que ça à la proposition. Je démarrais une mission en tant que consultante QA. Pourtant, lors de mon arrivée, toutes les équipes me voyaient comme l’automaticienne détachée pour démarrer le projet d’automatisation attendu par tous. Finalement c’est ce que je fais aujourd’hui et je me rends compte que c’est le meilleur choix que j’ai pu faire pour ma carrière.

Tu peux nous donner un peu plus de détails sur ta mission ?

Pour mieux comprendre le projet, la BdF possède une usine logicielle nommée le pôle SOFACT. Il met à disposition des autres services de la Banque de France, des outils informatiques du CICD et de l’intégration continue. J’ai à ma disposition des outils comme GITLAB, Jenkins, Sonar, etc. Contrairement aux missions plus classiques de test, les testeurs de ce pôle ne testent pas les outils, mais l’intégration de ces outils. L’objectif, répondre aux exigences d’implémentation de la Banque de France, avec des plug-ins spécifiques. Dans le cas de Squash, par exemple, on teste son implémentation et son interaction avec les autres outils (Squash-Gitlab, Squash-JIRA, etc.) à chaque montée de version ou à chaque migration, comme c’est le cas actuellement.

Le projet de départ consistait à automatiser toutes les tâches manuelles. C’était la consigne. Bien évidemment, tout automatiser est impossible mais j’ai commencé à mettre en place ces tests automatisés au fur et à mesure. A titre d’exemple, sur la totalité des outils existants, nous avons automatisé environ 30 % des TNR. 30% pour l’outil JIRA. En ce qui concerne les outils Bdsitrib (Jfrog) et Keycloak, qui ne sont pas mis à jour régulièrement, nous avons choisi de ne pas les automatiser.

En ce qui concerne les composants “faits maison”, qui s’occupent de la gestion des habilitations pour accéder aux composants de l’usine et le portail de l’usine (gestion d’accès aux outils, gestion des évènements), ils sont automatisés ou en cours d’automatisation.

L’outil retenu pour l’automatisation est Cucumber Selenium avec Java et Jenkins. Et je fais également des tests fonctionnels avec 2 autres testeuses. Une équipe très féminine.

Pour résumer, tu as commencé ton parcours de testeuse en sachant ce que tu ne souhaitais plus faire. Aujourd’hui comment vois-tu ton avenir professionnel ?

Pour le moment je profite de l’expérience que j’acquiers à la Banque de France. J’aime bien ce poste « touche à tout », le côté technique de la mission, les interactions avec les développeurs et les DevOps, donc je préfère ne pas me projeter encore.

D’après ton expérience, commet vois-tu l’avenir du test ?

Très technique. Les tâches propres au métier du test ont évolué vers la technicité. Avec le DevOps, un testeur se doit d’évoluer pour répondre aux exigences du métier et à la transformation digitale. Aujourd’hui ce qu’on attend d’un testeur est une vision au-delà de son rôle purement fonctionnel.

D’ailleurs on parle de plus en plus d’automatisation via l’Intelligence artificielle. C’est un sujet dans la bouche de tous sur lequel nous n’avons pas assez de recul ni d’arguments attractifs pour justifier son utilisation dans le testing.

Le mot de la fin

Pour un testeur fonctionnel parler d’automatisation équivaut à se jeter dans une piscine sans savoir nager. D’un côté, il ne faut pas avoir peur de l’automatisation. De l’autre, pour en faire un métier il faut avoir un profil spécifique. Un automaticien ne se fait pas du jour au lendemain, il faut un passé de développeur idéalement. Et à l’inverse, effectuer des tests automatisés offre au développeur une approche différente et une meilleure compréhension des enjeux et de l’importance des tests.

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